NOTRE HISTOIRE
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La génèse du réseau
L'association Terres en villes est née le 15 juin 2000 à Perpignan à l’initiative de six agglomérations françaises : Aubagne, Grenoble, Le Mans, Nantes, Rennes et Perpignan. Cette dynamique collective a été préfigurée par l'expérience territoriale grenobloise de l’ADAYG (Association pour le Développement de l’Agriculture dans l’Y grenoblois). Association fondée par des géographes, des administrateurs locaux et des représentants de la profession agricole dans un contexte de fortes tensions entre développement urbain et protection des terres agricoles.
"L’urbanisation est un trait majeur du développement économique et social de la France, comme de l’ensemble des autres pays de l’Union Européenne. Elle se manifeste principalement par l’expansion des régions urbaines qui intègrent dans leur périmètre un nombre toujours plus grands d’espaces ruraux.
Lorsque cette mutation n’est pas organisée de manière équilibrée, la logique strictement urbaine nie les composantes de l’espace rural. Bien souvent, elle marginalise les activités rurales au seul bénéfice des activités économiques de la région urbaine, et au détriment de son cadre de vie, de son environnement, de son équilibre social et de son patrimoine culturel.
Ainsi l’agriculture, mais aussi l’activité forestière, qui mettent en valeur les plus grande part de l’espace rural, sont alors gravement perturbées : les exploitations agricoles notamment, généralement de petites structures, sont mal préparées pour affronter ce nouveau défi et finissent par disparaître."
Définition des enjeux selon Terres en villes en 2000.
Face à ce phénomène, le réseau Terres en villes se construit sur un partenariat territorial entre acteurs urbains (élus et techniciens des agglomérations) et représentants agricoles (élus et techniciens des Chambres d’agriculture). Cette gouvernance paritaire constitue l’un des fondements du réseau, qui en fait un espace d’échange et de coopération entre ces deux mondes.
L'espace de dialogue proposé par le réseau constitue une réponse à un constat partagé : l’agriculture ne peut être défendue par les seuls agriculteurs, trop peu nombreux et souvent peu disponibles pour s’engager dans des projets de territoire. Elle doit s’appuyer sur des alliances territoriales fortes.
Au fil des années, le réseau s’est élargit : entre 2006 et 2010, plusieurs nouvelles agglomérations rejoignent Terres en villes, dans un contexte où les demandes d’échange d’expériences et de mutualisation des savoir-faire se font croissantes. En 2008, une charte du réseau est adoptée, et quatre chantiers thématiques structurants sont définis, toujours en vigueur aujourd’hui (voir les chantiers de l'association)
La reconnaissance en 2015 en tant qu'Organisme National à Vocation Agricole et Rurale (ONVAR) permet à Terres en villes d'agir en collaboration avec de nombreux acteurs du monde agricole et de promouvoir la dimension territoriale du développement agricole.
Un objectif commun : la protection du foncier agricole
Dès 2005, le réseau Terres en villes s’engage dans la conception et la promotion de dispositifs de protection foncière adaptés aux enjeux des espaces périurbains. Ces dispositifs, inspirés par les premiers techniciens du réseau, visent à protéger durablement les espaces agricoles et naturels menacés par l’urbanisation. En cohérence avec la loi de développement des territoires ruraux de 2005, ils proposent une action partenariale entre collectivités locales et monde agricole. Des outils tels que les PAEN (périmètre de protection des espaces agricoles et naturels périurbains), intégrés aux documents d’urbanisme, incarnent cette approche partenariale. Reconnus par l’État, ces dispositifs constituent une innovation en matière de gouvernance territoriale en mobilisant les acteurs locaux autour d’un projet de territoire partagé, articulant urbanisme, environnement et agriculture.
Entre 2010 et 2012, l’association conduit une première recherche-action structurante, intitulée Formes agraires – Formes urbaines. En associant chercheurs et techniciens de terrain, cette démarche a permis de croiser les regards sur les dynamiques périurbaines, en analysant les relations entre les morphologies agricoles et les formes d’urbanisation. Elle a été un levier fort de diffusion des méthodes de partenariat et de coopération entre collectivités et monde agricole.
Dans le prolongement de ces travaux, Terres en villes initie le projet "Pour un SCoT rural de qualité territoriale" visant à adapter la démarche de planification en espace rural. Par une approche participative, ce projet promeut la généralisation de SCoT au service d’un projet local fondé sur la qualité territoriale. Il a abouti à la publication d'un guide méthodologique, destiné à accompagner les acteurs du réseau dans la mise en œuvre de cette démarche.
Entre 2016 et 2017, l'association approfondit sa réflexion et sa compréhension sur la planification à travers le projet Agri-PLUi, centré sur l'intégration de l'agriculture dans les Plans locaux d'urbanisme intercommunaux (PLUi). Quatre ateliers ont été organisés à destination des techniciens d’agglomérations et des Chambres d’agriculture, afin de favoriser les échanges d’expériences et de faire émerger des pratiques renouvelées en matière de prise en compte du foncier agricole dans les documents d’urbanisme.
Forte de ces expériences, Terres en villes poursuit aujourd'hui son engagement sur les questions de protection du foncier agricole, en continuant d'analyser des dispositifs tels que les ZAP et les PEAN, mais aussi en portant une approche par la planification alimentaire. Celle-ci offre une perspective élargie sur les enjeux fonciers, en articulant PAT, urbanisme, transition agricole et résilience locale. Terres en villes approfondi notamment l’intégration des enjeux alimentaires dans les volets stratégiques et prescriptifs des documents d’urbanisme, contribuant ainsi à faire converger les démarches de planification territoriale et de politiques alimentaires.
L'émergence de la gouvernance alimentaire
Historiquement centrés sur l’agriculture périurbaine, les travaux de Terres en villes ont progressivement évolué vers une lecture plus systémique des systèmes alimentaires territorialisés, intégrant les enjeux de transformation, de distribution et de consommation. Cette évolution s’est inscrite dans un contexte plus large : depuis le milieu des années 2000, la montée en puissance des réflexions sur les circuits courts et les systèmes alimentaires territorialisés a offert un terreau fertile à l’expérimentation et à l’innovation.
Dès 2008, Terres en villes a su s'inscrire activement dans ces dynamiques en initiant le projet Gouvalim I, dans le cadre du Réseau rural français. Ce projet pionnier a posé les bases d’une lecture territoriale des enjeux alimentaires, en lien avec les politiques agricoles locales et l’économie de proximité.
L’expression même de « gouvernance alimentaire », alors encore peu usitée, est révélatrice de la tentative de décloisonner : agriculture et alimentation, production et consommation, politiques publiques sectorielles. Si le vocabulaire était encore incertain – gouvernance agricole ? alimentaire ? – il traduisait une prise de conscience de la nécessité d’unir des domaines auparavant disjoints. Cette première phase a vu Terres en villes explorer les politiques alimentaires locales, dans une perspective comparative (Londres, Barcelone, Turin), en centrant l’analyse sur les chaînes courtes d’approvisionnement et leur rôle dans la structuration de politiques de durabilité.
De projet en projet, l'expertise de Terres en villes se consolide. Les projets Gouvalim II (2015 - 2017) et FoRmes Urbaines et Gouvernance Alimentaire (Frugal) (2015-2020) affirment une approche intégrée et multi-acteurs de la gouvernance alimentaire.
Gouvalim II (2015-2017) visait à co-construire entre acteurs et à diffuser une démarche intégrée de mise en oeuvre et de gouvernance multi-acteurs d’un système alimentaire durable d’agglomération, croisant les questions de production agricole, de nutrition santé, d’accessibilité sociale, d’empreinte énergétique, etc. La recherche-action FRUGAL (2015 - 2020) visait, quant à elle, à décrire les caractéristiques et les évolutions de systèmes alimentaires urbains.
En 2015, cette dynamique est formellement intégrée dans l'identité de l’association : Terres en villes devient explicitement le réseau des politiques agricoles et alimentaires des agglomérations et des métropoles. Cette reconnaissance consacre plus d’une décennie d’engagement et de co-construction avec les territoires, et marque un tournant vers une action encore plus systémique.
Accompagner les Projets Alimentaires Territoriaux (PAT)
En 2014, dans le sillage des premières dynamiques de politiques alimentaires territoriales, Serge Bonnefoy, fondateur de Terres en villes, impulse la création d’un « Local Food Policy Network à la française ». L’année suivante, le Réseau national des Projets alimentaires territoriaux (RnPAT) est lancé en coanimation avec l'APCA. Ce réflexe d’organisation collective dès l'émergence des PAT a permis de poser rapidement les bases d’un réseau structuré, outillé, et capable de suivre l’évolution rapide de ces projets de territoires.
Le RnPAT a permis de dépasser le cadre initial de Terres en villes, historiquement centré sur les grandes agglomérations (50 000 habitants et plus), pour s’ouvrir à une diversité croissante de territoires, y compris ruraux et intermédiaires. Ce changement d’échelle a enrichi la réflexion, tout en élargissant le périmètre de l’action de l'association. Terres en villes reste un petit collectif volontairement restreint (27 territoires membres), mais le RnPAT permet d’articuler ce noyau pionnier avec un réseau élargi à l’échelle nationale, 448 PAT en 2025.
Le réseau a su faire évoluer ses outils et son fonctionnement pour accompagner la massification des PAT (2021-2025) : renforcement de la base de données nationale, création de nouveaux formats éditoriaux (Focus, PATnorama), animation hybride mêlant rencontres physiques et webinaires, renforcement des liens avec les réseaux régionaux, et préfiguration d’indicateurs de suivi partagés avec l’État dans le cadre de la Stratégie nationale pour l’alimentation, la nutrition et le climat (SNANC). L'ensemble des outils du RnPAT a été centralisé en 2023 sur la plateforme France PAT.
Un dialogue territorial en faveur de la transition agricole et alimentaire
Depuis sa création, Terres en villes promeut un développement durable des territoires, dans une approche partenariale mêlant collectivités, chambres d’agriculture et acteurs de la société civile. La Charte de l’association, mise à jour à Amiens en 2018, affirme une volonté claire de soutenir la transition agricole, alimentaire et environnementale par le biais des systèmes alimentaires territoriaux durables.
Terres en villes agit en faveur de cette transition en consolidant des alliances avec une diversité d'acteurs, et en coorganisant des temps forts de mobilisation nationale. C'est dans cette dynamique qu'ont été créées les Assises territoriales de la transition agroécologique et de l'alimentation durable dont la première édition a eu lieu en 2019 à Montpellier. Ces Assises visent à rendre visibles et à soutenir le large mouvement engagé par les collectivités pour rendre les systèmes alimentaires plus durables. Devenues un rendez-vous biennal, elles traduisent l’évolution des enjeux autour de l'agriculture et de l'alimentation : à Nantes en 2022, la thématique centrale portait sur « la prise en compte des changements climatiques et de l’urgence sociale dans les politiques agricoles et alimentaires, afin d’assurer à tous un accès à une alimentation de qualité ».
La troisième édition, organisée en 2024, a renforcé le rôle des Assises en plaçant Terres en villes comme coordinateur du plaidoyer de la Déclaration. L’objectif est désormais de faire vivre cette dynamique entre les éditions, en portant la voix des territoires signataires dans les débats nationaux et européens sur l’agriculture et l’alimentation, et en défendant une transition à la fois sociale, écologique et économique.
Ces activités de mobilisation ne font pas perdre pour autant la dimension expertise de Terres en villes qui produit des analyses telles que l'étude sur les liens entre agriculture, alimentation et biodiversité dans les politiques territoriales. La participation au comité d'orientation du programme Innovation-action pour les transition agroécologiques et alimentaires dans les territoires 2020-2024 (TETRAA) a été également un temps de montée en compétence du réseau sur ces enjeux.
Toutefois la posture de dialogue se heurte à des résistances sur le terrain, notamment dans les territoires où certains représentants professionnels défendent une vision économique et sectorielle de l'agriculture. La crise agricole de 2024 a exacerbé ces tensions et complexifié les relations historiques entre acteurs du réseau.
Dans ce contexte Terres en villes fait face au défi de maintenir un espace de dialogue ouvert et constructif, pour continuer à faire progresser de manière collective les transitions agricoles et alimentaires au service des territoires et de leurs habitants.
Un réseau en mouvement
En plus de vingt ans d’existence, Terres en villes a su évoluer, s’adapter, et proposer des cadres d’échange innovants pour les collectivités, les acteurs agricoles et les partenaires du monde associatif, académique ou professionnel. L’association a accompagné les premières expérimentations locales de politiques alimentaires jusqu’à la reconnaissance institutionnelle des Projets alimentaires territoriaux (PAT), devenus aujourd’hui l’un des principaux leviers de la transition agricole et alimentaire en France.
Dans un contexte de bouleversements politiques, climatiques et sociaux, Terres en villes poursuit sa mission d'espace de dialogue sur les politiques agricoles et alimentaire locales. Elle agit pour que les territoires soient au cœur de la résilience alimentaire et pour que l'alimentation soit un levier de transformation des territoires.
L’association continue de consolider et d'élargir ses alliances ; collectivités locales (des métropoles aux intercommunalités rurales), chambres d’agriculture, associations territoriales, acteurs économiques, représentants de l’État, et chercheurs (RMT, INRAE, CNRS). Terres en villes souhaite également renforcer sa présence dans les réseaux européens et internationaux. Convaincue que ces coopérations sont non seulement sources de valorisation des actions des territoires français mais également sources d'inspiration et d'innovation à l'instar du projet Coopalim (2021-2022).
Les axes de travail que Terres en villes souhaite approfondir pour les années à venir sont :
- L'articulation entre les niveaux local, régional et nationaux, notamment avec les Régions,
- Le soutien à l'innovation dans les politiques agricoles et alimentaires de territoire,
- Le renforcement du plaidoyer national et européen.











